Bruit de la Bande : Thomas Tilly et le Script Geometry

Pour cette année, chaque rendez-vous d’écoute du Bruit de la Bande invite un compositeur qui travaille avec des sons du réel, à jouer ses pièces en multi-diffusion, et à parler de sa démarche artistique et de son rapport à l’écoute.

Thomas Tilly est un musicien-compositeur autodidacte, qui utilise de plus en plus le microphone comme instrument principale de ses créations. En Mars 2013, il est parti travailler sur les stations du CNRS au Nouragues, réserve naturelle de forêt primaire située au cœur de la Guyane. Au travers d’enregistrements réalisés sur place et conservés bruts, comme une matière à la composition, il nous propose une diffusion spatialisée, dans le noir, de ce travail à mi chemin entre recherche musicale et scientifique.

« Script Geometry est un projet abordant les environnements sonores naturels comme des ensembles connectés, complexes, dans lesquels l’oreille humaine trouvera une analogie étonnante avec la musique électronique. Script geometry propose une écoute sensible et engagée de phénomènes sonores inattendus, affirmant la subjectivité de la pratique du microphone comme le véhicule d’une forme de musique expérimentale. »

Thomas Tilly : Composition, multi-diffusion

Carte blanche à Karim Moussaoui

Invités en tant que cinéastes et documentaristes, nous sommes partis en Algérie au mois de novembre 2011. Nous allions à Alger pour réfléchir et penser un projet de film collectif avec des algériens. Au cours de nos voyages nous avons rencontré Karim Moussaoui, réalisateur et programmateur. Il a fondé au début des années 2000 Chrysalide, un ciné-club itinérant à la programmation radicale dans le contexte du cinéma algérien. Pour prolonger cette rencontre, nous l’invitons au 102 proposer et commenter une programmation de films documentaires mettant en lumière certaines réalités de l’Algérie contemporaine.

« Dans l’Algérie des années 2000, les artistes sont confrontés à la difficulté de rendre compte à chaud d’un contexte social qu’ils vivent au quotidien. Comment répondre à une urgence de filmer quand les plaies sont encore ouvertes ? Comment trouver les moyens matériels et humains pour réaliser ? Est-il opportun, dans un tel contexte de s’interroger sur l’aboutissement d’une œuvre ? Enfin, comment de jeunes réalisateurs algériens nous parlent-ils de ce qui les préoccupe aujourd’hui ? » Karim Moussaoui

– J’ai habité l’absence deux fois de Drifa Mezenner [Algérie / 2011 / 20’]
« Quand la colère m’aura quitté, je raconterais… » dit le père a sa fille, réalisatrice. Frappé par l’exil de vingt ans du fils qui est aussi un frère, une famille de Kouba, dans la banlieue d’Alger raconte. A travers les silences, la parole ne suffit pourtant pas à exprimer la douleur. Cette histoire singulière, vécue à l’ombre de la décennie noire, où le manque et la tristesse deviennent des marqueurs identitaires, nous parle d’un pays, l’Algérie.

– Haçla (La clôture) de Tariq Tegiua [Algérie / 2006 / 24’]
À travers le cri de jeunes algérois vivant dans le renoncement, Haçla (la clôture) tente de donner à voir et à entendre, dans le labyrinthe d’impasses que constitue la ville d’Alger et ses environs, une société bloquée, refermée sur elle-même, où le cadre de la parole devient le seul espace de liberté individuelle. Le film est âpre, sans espoir, si ce n’est celui de la fuite.

– Harguine Harguine de Meriem Achour-Bouaakaz [Algérie-France / 2008 / 24’]
Pourquoi veulent-ils tous partir coûte que coûte, acceptant tous les risques, malgré les dangers qu’ils savent terribles? Qu’est-ce qui les pousse à fuir leur pays? Pourquoi sont-ils toujours plus nombreux à choisir cette voie? Récit de l’échec d’une fuite sur les lieux du départ. Fateh et ses compagnons racontent l’impossible exil.

Dans le cadre des 20 ans de Cinex

« Buvez toujours, vous ne mourrez jamais » Rabelais

Le 102 accueille l’association OVNIVINS pour une soirée rencontre-débat-flms-concerts.

Un vin naturel est un vin issu de raisins bio mûrs, vendangés à la main, pressés doucement et vinifiés sans intrants chimiques. Un vin politiquement incorrect pour des lendemains qui chantent. Les vignerons expérimentent et développent des principes en lien avec leurs propres convictions. Ils favorisent plutôt l’élan vital à la démarche préformatée vers laquelle chacun peut être tenté de glisser. Une philosophie de la vie.La découverte du vin naturel, comme la découverte des pratiques expérimentales artistiques (ici cinéma et musique), c’est oublier le formatage de la grammaire culturelle et réapprendre à regarder, à écouter, à goûter… à vivre.

Discussions et rencontres avec :

– Gilles Azzoni (vigneron en Ardèche – Mas de la Bégude, Le Raisin et l’Ange)
– Laurent Baraou (artisan caviste rural)
– Michel Tuz (« Les nouvelles couleurs du vin. Pour une approche dynamique des vins naturels », chez JPRocher édition)

Cinéma expérimental et écoutes sonores avec:
– Les Tournesols Colorés De Rose Lowder (1983 / 16mm / 3’)
– Wax Experiments de Oskar Fischinger (1923 / 16mm / 9’)
– Cruises de Cécile Fontaine (1989 / 16mm / 10’)
– Cinéma Art du “Mouvement” De Maurice Lemaître (1979 / 16 Mm / 4’)
– Stadt In Flammen de Schmelzdahin (1984 / 16mm / 5’)

Le vin naturel est à la vie ce que l’abstention est aux élections, une évidence.

Intervento

Italie 77 : coups d’oeil sur le mouvement autonome italien des années 1970. Une histoire singulière de celles et ceux qui ont mis leur vie en jeu dans la lutte, qui s’organisaient collectivement quand tout était possible… Suivie d’une discussion sur ce que ces fragments d’histoires, leurs failles, leurs passions et leurs forces peuvent faire émerger dans des stratégies de lutte aujourd’hui.

Des lectures tirées de plus de 15 ouvrages différents et entrecoupéesde photos, d’enregistrements sonores et de films permettront, chapitre aprèschapitre, d’avoir un aperçu de l’atmosphère brûlante de l’époque etd’approcher les questions qu’elle nous pose aujourd’hui.

« Le mouvement autonome italien est peut-être l’un des mouvements de lutteles plus puissants de l’histoire récente occidentale. Fort de pontsexceptionnels entre étudiants et ouvriers, « autonome » des partis et dessyndicats, massif et violent dans ses modes d’actions, il fera durer mai 68pendant dix ans. Ce sont les « hordes païennes » de jeunes immigré-e-s duSud qui paralysent les usines, revendiquant le refus du travail, remettantà l’ordre du jour les pratiques d’action directe qui avaient secoué lesmêmes industries en 1920 avant de s’endormir sous le fascisme. Ce sontdes quartiers entiers qui, face à l’inflation, refusent de payer lesloyers ou les factures. C’est une irruption tonitruante des femmes,homosexuel-le-s, jeunes et chômeurs-ses sur la scène politique. Ce sontdes analyses précises et originales de la transformation de l’économieoccidentale. C’est une explosion des radios libres qui se font « la voix dessans-voix » tout en jonglant avec l’ironie et la philosophie. C’est enfin letournant de 1977, les émeutes, les chars blindés à Bologne, unerépression féroce : un mouvement étranglé qui n’a plus d’autres issuesque la fuite, l’héroïne ou la clandestinité. Beaucoup « d’autonomes »passeront des années en prison, sans manquer d’en faire encore un lieu deluttes.

En Série

Sérigraphie, typographie, linogravure, plâtrographie, pochoirs, imprimerie, photocopie. Collage, pliage, ratage. Ciseaux, cuters, stylos. Partout dans le monde, des gens aux moyens économiques et technologiques très faibles passent des heures à imprimer des pochettes de disques, à fabriquer des livres à tirage limité. A plier du carton. A graver des CD. A faire de magnifiques affiches en noir et blanc et à les coller dans la ville. A faire des sérigraphies géantes et non signées pour décorer les murs. Des heures, des jours, des nuits, des semaines entières. Tout ça pourquoi ? Pour l’argent ? Pour la gloire ? Non, juste pour le plaisir.
EN SERIE : quatre jours pour rencontrer le monde artisanal de l’autoproduction et se questionner sur des enjeux qui lui sont propres. Pourquoi fabriquer des objets ? Pourquoi fabriquer des images ? Pourquoi imprimer soi-même ses images ? Quels rapports aux mondes de l’Art et de la production industrielle ? L’autoproduction est-elle une forme d’autonomie ? Comment se donner les moyens de maîtriser de nouvelles techniques ? Comment les techniques employées conditionnent-elles nos productions ? Qu’est-ce que le commerce ? Un objet peut-il être autre chose qu’une marchandise ? Si oui comment ? Qu’est-ce qui fait de nous autre chose que de petits entrepreneurs ?
Pour cette édition, nous nous sommes concentrés sur la reproduction d’images et les objets à caractère culturel (livres, disques, affiches, fanzines). Mais nous n’excluons pas d’élargir plus tard ces rencontres à des artisans plus classiques (agriculture, bâtiment…). En attendant, EN SERIE n’est ni un « salon du livre d’artiste », ni un « festival cool, underground et D.I.Y. », ni une « convention de fanzines », ni une « FIAC », ni une « rencontre d’ateliers de sérigraphie » mais bien des rencontres
autour de la production en série artisanale et non-commerciale, tentant d’allier pratique et réflexion et de laisser place à la singularité de chaque participant.

Tout au long des rencontres :
Expositions. Arrache Toi Un Œil, le 103 et Cotoreich exposent des affiches sérigraphiées.
Stands. Les participants tiendront des stands au 102 tous les après-midis pour exposer ce qui ne s’accroche pas au mur (livres, disques, etc.), et peut-être le vendre.
Ateliers. La base de tous ces travaux est la maîtrise de certaines techniques. C’est pourquoi nous vous proposons des ateliers d’initiation ou de perfectionnement à différentes techniques. Au programme : tampon-gomme, gravure sur plâtre, pochoir, composition d’affiche sans ordinateur, découpage, sérigraphie, presse typographique, reliure, fabrication de cahiers, fabrication de fanzines.
Matériel. De plus, nous mettons à votre disposition ordinateur, scanner, imprimante, machine à écrire, colle, ciseaux, cuter, marqueurs, photocopieur, papier, peinture, plaques de plâtre, scotch, vieux journaux, etc. Pour exercer votre créativité en vue des deux concours ci-dessous.
Concours d’affichage libre. « Murs blancs : peuple muet » dit le proverbe. Les murs du quartier Saint Bruno sont ternes. Nous vous invitons à y mettre de la couleur avec des affiches fabriquées par vos soins. Toutes techniques autorisées, mais faites preuve d’imagination. Un jury visitera le quartier dimanche et décernera des prix.
Concours de fabrication de faux billets. Contre la crise, une seule solution : la fabrication de faux billets. Toutes techniques autorisées, un jury décernera des prix dimanche.

Jeudi 16 Avril
14h : ateliers composition d’affiche sans ordinateur, fabrication de tampons, sérigraphie.
14h-18h : matériel à disposition.
18h-19h : ouverture des rencontres. Intervention de l’atelier 103 pour présenter les rencontres et ses problématiques, à base de mots et d’images.
19h : repas à prix libre
20h : concert avec les Louise Mitchels [France] et La Casa Fantom [Norvège]. 5/8€
Entre noise débridée et improvisation méthodique, les quatre membres des Louise Mitchels maltraitent le rock pour en tirer une énergie maitrisée et dansante. Tana Barbier guitare / Boris Nodot batterie / Pascal Benvenuti basse/chant / Romain Gravier guitare/batterie. Les mémorables concerts du duo norvégien La Casa Fantom se caractérisent par une présence scénique impressionnante autour de laquelle sa musique cahotique et minimaliste réussit la rencontre entre crust, trash et hardcore. Lars batterie, voix / Baard basse, voix. [avec l’aide de Taenia Solium et de différents amis.]

Vendredi 17 Avril

14h : ateliers composition d’affiche sans ordinateur, fabrication de tampons, sérigraphie.
14h-19h : matériel à disposition, stands, expositions
17h à la bibliothèque Saint Bruno (place Saint Bruno) : rencontre avec les éditions Terre Noire. Une heure pour présenter la maison d’édition, ses pratiques, ses idées, ses rencontres, ses projets.
19h : repas à prix libre

Samedi 18 Avril

11h à la bibliothèque saint Bruno (place Saint Bruno) : rencontre avec l’association Taenia Solium. Une heure pour présenter l’association, ses pratiques, ses idées, ses rencontres, ses projets.
14h : ateliers gravure sur plâtre, sérigraphie, fabrication de fanzine sans ordinateur.
14h-19h : matériel à disposition, stands, expositions
19h : repas à prix libre
20h : séance de cinéma expérimental. 4/5€
Caprice en couleurs d’Evelyn Lambart et Norman Mac Laren (1949 / video / couleur / sonore / 9min.)
Arnulf Rainer de Peter Kubelka (1958-60 / 16 mm / n&b / sonore / 6 min. 30) BBA d’Etienne Caire
(date inconnue / 16 mm / n&b / silencieux / 4 min. 49) Razor Blades de Paul Sharits (1965-1968 / 16 mm / coul-n&b / sonore / 25 min./double écran) Temps Travail de Johan Van der Keuken (2000 / vidéo / couleur / sonore / 11 min.) The Politics of Perception de Kirk Tougas (1973 / 16 mm / coul / sonore / 33 min). Le programme sera peut-être légèrement modifié.

Dimanche 19 Avril

14h-19h : stands, décrochage des expositions
15h : délibération et remise des prix pour le concours d’affichage libre
et le concours de faux billets.

Tarifs :

Concert du jeudi 16 : 5 ou 8 euros au choix. Cinéma du samedi 18 : 4 ou 5 euros au choix.
Repas à prix libre. Tous les autres évènements sont gratuits.

Parmi les participants :

Le 103 (Grenoble). Quelques cadres, des peintures, une agrafeuse, un graveur de cd, du papier, du carton, beaucoup de temps, un peu d’argent. A la fois laboratoire de recherches graphiques et fabrique artisanale d’objets, le 103 est depuis deux ans l’atelier de sérigraphie du 102.
Cotoreich (Grenoble). Atelier de sérigraphie et édition de livres sérigraphiés.
Terre Noire (Lyon). Depuis 1997, maison d’édition artisanale qui assure l’ensemble de la chaîne. De la création artistique au façonnage, en passant par la mise en page tout est réalisé à l’atelier. Des livres bruts, rugeux, violents, pas cher, fabriqués à la main par des chômeurs.
Taenia Solium (Grenoble). Organise des concerts, édite un fanzine photocopié et des disques. Les pochettes de disques et les affiches de concerts sont sérigraphiées à la main. Travaille sur les relations
non-marchandes en éditant régulièrement des compilations gratuites financées par des concerts de soutien.
L’Atelier du Hanneton (Charpey). Editeur-imprimeur-libraire de campagne, travaillant depuis dix ans sur une presse typographique et réalisant des ouvrages de poésie.
L’Epluche-Doigt (Lyon). Atelier d’initiation à la typographie et à la linogravure.
Black Screen (Lyon). Atelier de sérigraphie collectif utilisant la plupart du temps des supports de récupération, dans une esthétique cheap, brute et dépouillée. Comme une vieille bagnole cabossée qui serait empruntée par différentes personnes, les vitesses craquent un peu par moments, tant que la voiture avance, ça roule…
Le Dernier Cri (Marseille). Le Dernier Cri n’est pas cool, le Dernier Cri n’est pas branché, le Dernier Cri n’est pas de la bande dessinée indépendante.
Arrache-Toi Un Oeil (Paris). Collectif de deux personnes organisant des concerts à Paris depuis 2002 et éditant affiches et livres sérigraphiés.
La Marge Graphique (Lyon). prend un malin plaisir à tourner le couteau dans toute plaie, sociale, culturelle, relationnelle, financière, avec un cynisme qui contraste étonnamment avec une esthétique très raffinée.
Biscotte – Sachet Individuel Graphique (Lyon). puise son inspiration dans les visuels des 30 Glorieuses où la consommation était reine et le bonheur semblait lié à l’accumulation des derniers gadgets en vogue.
Le Ravin Bleu (Paris). Imprimerie offset et éditeur de livres, cartes postales et tee-shirts.
Marion Mercredi (Nantes). Touriste from the West Coast. Envoie parfois des cartes postales.
Jonathan Larabie (Grenoble). Dessinateur.
Arbitraire Zine (Lyon). Fanzine de bandes dessinées.
Las Vegan (Grenoble). Restaurant végétalien itinérant.